Pacifica
PACIFICA
Buenos Aires · Argentina · Rock
Inés Adam & Martina Nintzel
Martu & Inu 🐢

Deux filles.
Une passion.
Buenos Aires.

Pacifica est un duo de rock formé par Inés Adam et Martina Nintzel, deux amies réunies par une passion commune : The Strokes. Leur alchimie musicale est immédiate, naturelle, électrique.

Leur son puise dans le garage rock des années 2000, le Britpop et l'essence du rock argentin classique — des guitares brutes, une basse solide, et des voix pleines d'attitude.

Signées chez Tag Music à Los Angeles après un voyage décisif à New York en 2021, elles jouent désormais dans le monde entier.

Inés "Inu" Adam
Guitare & Chant
Martina "Martu" Nintzel
Basse & Chant
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Leur Parcours

2021
Rencontre
Deux fans des Strokes se trouvent sur Internet. Un follower leur suggère de jouer ensemble : elles habitent à vingt minutes l'une de l'autre, sans s'être jamais rencontrées. Le nom du duo viendra de la guitare Yamaha Pacifica d'Inés.
2021
New York
Un fan leur offre des billets pour voir The Strokes à New York. Elles prennent un aller simple. Elles jouent au Bitter End & Arlene's Grocery devant plus de soixante personnes.
2022
Label
Signature chez Tag Music, Los Angeles — joint-venture entre Gabe Saporta (Cobra Starship) et Atlantic Records.
2023
Pacifica
Premier single, "With or Without You", le 6 avril. Le monde commence à les écouter.
2023
Freak Scene
Premier album studio — 11 titres enregistrés à Buenos Aires. Première partie de Måneskin.
2025
In Your Face!
Deuxième album. Tournée mondiale. Japon sold-out en décembre 2025. Le monde entier les écoute.
Discographie →

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Biographie complète
PACIFICA

De Buenos Aires au monde

Pacifica est un duo de rock argentin formé par Inés Adam, à la guitare et au chant, et Martina Nintzel, à la basse et au chant. Leur histoire commence en janvier 2021 autour d'une passion commune pour The Strokes, mais rien ne prédestinait alors ces deux musiciennes à construire une carrière internationale.

Une reprise publiée sur Internet, une rencontre provoquée par un inconnu, un premier concert dans un bar de Buenos Aires. Puis un voyage à New York pour voir The Strokes — un concert qui n'aura jamais lieu —, quelques concerts joués sur place et une proposition inattendue de l'industrie musicale. De leurs premières reprises sur YouTube à Freak Scene, puis à In Your Face!, elles auront appris leur métier en public : écrire, enregistrer, jouer sur scène.

C'est avant tout l'histoire d'une amitié qui s'est nouée en même temps qu'un groupe se formait.

Les débuts : deux musiciennes réunies par The Strokes

Inés et Martina se rencontrent en ligne en janvier 2021. Martina anime alors sur Instagram un compte de fans consacré à The Strokes, @thestrokesvids, où elle relaie une reprise d'Inés ; celle-ci publie des vidéos sur YouTube depuis plusieurs années et la suit en retour. C'est un abonné commun qui leur suggère de se rencontrer, au motif qu'elles aiment le même groupe et qu'elles sont argentines toutes les deux. Elles n'ont jamais su qui il était : le message était arrivé par un sticker de questions dans une story, et la question a disparu depuis. « J'espère qu'un jour elle réapparaîtra », confie Inés.

En se parlant, elles découvrent qu'elles habitent à vingt minutes l'une de l'autre — « c'est amusant que les réseaux nous aient réunies, alors qu'on vivait tout près », racontera Inés, « mais Buenos Aires est tellement grande qu'on aurait pu ne jamais se croiser ». Elles se retrouvent chez Inés et enregistrent une reprise de « 12:51 » — le jour même où elles se voient pour la première fois. Le tournage sur le balcon n'a rien d'un parti pris : il fait trop chaud pour couper le ventilateur pendant la prise. Ce sont pourtant les commentaires sur le balcon qui affluent sous la vidéo, et elles y voient une idée — chaque reprise suivante sera filmée ailleurs, dans une salle de bain pour « Meet Me In The Bathroom », sur un toit en hommage aux Beatles pour « Girl », dans une voiture en marche pour « Movie » de Tom Misch.

Les premiers échanges sont encore maladroits. « On a eu une alchimie musicale avant d'avoir une alchimie tout court », résumera Inés. Elles auront d'ailleurs à démentir régulièrement trois choses : elles ne sont pas sœurs, elles ne sont pas en couple, et elles ne se connaissent pas depuis toujours.

Elles ne viennent pas non plus du même endroit. Inés joue de la guitare depuis l'enfance — son père le lui a appris — et chante depuis toujours. Martina, née à Mexico où ses parents travaillaient alors, a d'abord été une auditrice : son père lui fait découvrir les Beatles et Pink Floyd, sa mère Shakira. Elle prend la basse à quinze ans, presque par défi. Un garçon avec qui elle sortait venait de lui reprocher de n'avoir aucun centre d'intérêt et de tout faire par inertie ; elle descend du bus, voit l'enseigne d'une école de musique et s'inscrit le jour même. Elle joue aujourd'hui sur une Fender Jazz Bass fabriquée au Mexique — « comme moi ».

De « Strokes girls » à Pacifica

Inés et Martina se voient peu pendant les mois qui suivent — deux fois au début de l'année, puis une nouvelle vague de covid interrompt les rencontres. Il faut attendre novembre 2021 pour qu'elles sortent ensemble en amies, à un concert où Martina avait été invitée et où elle vient avec Inés. Le soir même, Monopolio, un groupe argentin de reprises d'Arctic Monkeys, leur propose d'ouvrir un de leurs concerts.

Cette soirée change tout : leur première sortie en amies, la décision de monter un groupe, leur premier concert — et, dans la foulée, l'idée de New York lancée par Martina.

Elles répètent deux semaines, l'après-midi — le seul moment où leurs horaires se croisent : Martina finit son année de lycée, Inés a un travail. Reste à trouver un nom. Elles ne veulent surtout pas d'un dérivé des Strokes — Monopolio doit bien le sien aux Arctic Monkeys — ni finir en « Strokes Girls ». Elles cherchent un adjectif féminin, et si possible esdrújulo, accentué sur l'antépénultième syllabe. « Buena », d'après une chanson de Morphine, est écarté. Puis leur regard se porte sur la guitare d'Inés : sa Yamaha Pacifica, sa première guitare électrique, que son frère lui avait donnée. La toute première story publiée sur leur compte annonce non sans humour : « we're Pacifica (for now) ».

Le premier concert a lieu en décembre 2021, à El Emergente. Elles y jouent déjà deux chansons de leur cru, composées et écrites pour l'occasion.

New York : le voyage qui change tout

L'idée vient de Martina. The Strokes jouent à New York le soir du 31 décembre 2021 et elle veut y être, sans avoir de quoi payer le voyage. Inés refuse car elle a un travail et une vie à Buenos Aires ; elle finira par tout quitter.

Martina avait publié une story : si quelqu'un l'invite à New York, elle lui offre son âme. Quelqu'un répond — Parkside Patrick, qui suit aussi bien son compte de fans que celui d'Inés. Il ne peut pas les héberger, mais il a deux places pour le concert. Pour les billets d'avion, elles lancent un appel dans une story, sur la plateforme de dons Cafecito — et les abonnés paient. Un cousin d'Inés, Phil, vit à New York et doit s'absenter ces jours-là : il leur laisse son appartement.

Le concert des Strokes est toutefois annulé avant même qu'elles ne montent dans l'avion. Les Strokes sont pourtant la seule chose qui les réunit, disent-elles. Elles décident de partir quand même et passent le réveillon, celui du concert annulé, à écrire.

Le Bitter End

La ville vit encore au rythme du covid et, pendant les deux premières semaines, rien n'est possible. Elles s'installent, partagent un lit, meublent les silences comme elles peuvent. Puis leur vient l'idée de jouer. Phil, qui a un groupe, connaît une salle : il leur obtient un concert au Bitter End, sur Bleecker Street.

Les conditions sont rudimentaires. Elles répètent dans le salon de Phil sur un ampli à dix dollars — ni pédales, ni batteur, ni métronome, aucune expérience du son. Persuadées que personne ne viendra, elles décident que l'entrée au concert sera gratuite. Plus de soixante personnes se déplacent.

C'est le deuxième concert de la vie de Martina. Pour Inés, le lieu pèse lourd : Joni Mitchell y a joué. « J'étais morte de trouille », racontera-t-elle. « On était à New York sans connaître personne, et d'un coup il y avait tous ces gens qui nous regardaient jouer sans pédales, un son complètement brut. »

Le séjour, prévu pour quinze jours, durera finalement six semaines. Et New York ne leur réserve pas seulement une série de concerts.

De New York à TAG Music

Quelques jours avant leur concert au Bitter End, un message arrive d'un certain Gabe Saporta. Il a appris qu'elles jouaient à New York, se présente comme uruguayen installé à Los Angeles, et annonce qu'il enverra quelqu'un les écouter. Inés croit à une plaisanterie ; Martina refuse d'y croire jusqu'au bout. Saporta, ancien de Cobra Starship, dirige Tag Music, un label né d'une association avec Atlantic Records.

Le patron du Bitter End les rappelle pour les inviter à revenir jouer dans son établissement. Elles ne peuvent pas : le départ est prévu la semaine suivante. Mais une tempête de neige fait annuler leur vol, elles restent sept jours de plus et en profitent pour rejouer — au Bitter End d'abord, puis à Arlene's Grocery. À ce troisième concert, elles manquent de souffle sans comprendre pourquoi ; elles apprendront ensuite qu'elles ont contracté le covid. Inés et Martina passeront la fin du séjour chez une fan, Taylor.

De retour à Buenos Aires, les rendez-vous avec le label s'enchaînent. Elles ont alors trois ou quatre chansons. Martina doit entrer en faculté de biologie, Inés travaille. Après une longue réflexion, la conclusion s'impose : pour donner une chance au groupe, il faut tout lâcher. Inés quitte son emploi, Martina n'entre pas à la faculté, et elles signent.

« On s'entendait bien, mais on n'était pas amies », résumera Martina dans les colonnes du magazine britannique TNAM. « On nous proposait de signer, et on s'est dit : comment ne pas le faire ? On a signé, et on est devenues amies en faisant le disque. »

Julian Casablancas

Un épisode revient dans plusieurs de leurs entretiens sans qu'aucun article ne le rapporte : il ne repose que sur leur récit. Elles racontent que Julian Casablancas, le chanteur des Strokes, leur écrit pendant le séjour new-yorkais — il n'arrive pas à croire qu'elles jouent à New York — après avoir vu leur reprise de « Selfless ». Et que cette reprise aurait décidé le groupe à jouer enfin le morceau sur scène : il ne pensait pas que c'était possible, dit Martina, jusqu'à ce qu'il les voie le faire, elles.

Le second épisode part d'un accident. Sur son compte de fans, Martina avait publié une version de « Razorblade » dont la batterie traînait au point de sonner cumbia. Elle lui demande si c'était volontaire ; il répond que non — mais qu'ils pourraient le faire. Ils l'ont fait : sur scène, le morceau commence dans sa version d'origine, puis bascule en cumbia à mi-parcours.

Elles le recroiseront par hasard, disent-elles encore, dans un restaurant de Los Angeles où elles venaient d'atterrir. Elles lui font écouter des maquettes : il en écarte une, en approuve d'autres.

Freak Scene : passer des reprises aux chansons

Elles se donnent un an pour écrire, enregistrer et produire un disque, et la stratégie est réfléchie : douze mois à publier des reprises, traitées comme un travail, le temps de se constituer une audience qui écoutera ensuite leurs propres chansons. « On avait l'attention, avant d'avoir une musique à nous », reconnaîtra Inés.

De ces mois sort Not a Cover Band, paru le 9 décembre 2022 : des reprises tirées de leur chaîne YouTube — The Strokes, Arctic Monkeys, Wet Leg, Los Abuelos de la Nada — et un titre original, « Drummer Boy ». Le nom du disque annonce déjà la suite.

Passer des reprises aux compositions est une autre histoire. « C'était un ajustement assez dur », dira Inés, « parce qu'on se connaissait encore mal et qu'il fallait faire quelque chose de très vulnérable : écrire une chanson ». On les avait prévenues, en plus, que les reprises étaient une malédiction — qu'elles resteraient enfermées dans cette étiquette et n'auraient jamais d'identité propre. En première partie de Monopolio, elles avaient été présentées comme « les Strokes Girls ». C'est précisément ce qu'elles ne voulaient pas devenir.

C'est pourtant l'inverse qui se produit. « D'habitude, quand on fait des reprises et qu'on sort sa propre musique, les gens vous disent de revenir aux reprises », dira Martina. « Nous, on faisait des reprises et les gens voulaient entendre nos chansons. On ne pouvait pas laisser passer ce moment-là. Et on ne l'a pas laissé passer. »

Les premiers singles

« With Or Without You » sort le 6 avril 2023. La chanson parle exactement de cela : lancer le projet sans que personne autour ne comprenne vraiment l'idée. Le clip les montre traversant Buenos Aires en camping-car, accueillant différents personnages — tous, en réalité, des gens qui ont travaillé sur le disque, du producteur à la cadreuse.

Vient ensuite « Anita », dont le magazine américain NYLON diffuse le clip en avant-première fin mai. Le morceau naît d'une boucle de batterie, d'un mème sur Weezer et d'une rime. « Ce qu'on voulait surtout, c'est que n'importe quelle fille prénommée Anita sente que la chanson lui appartient », racontera Inés.

L'album

Freak Scene paraît le 29 septembre 2023. Onze titres, enregistrés à l'Estudio NAT, à Buenos Aires, avec Nicolás De Sanctis — du groupe Indios — à la production et à la guitare, Fede Pellegrini à la batterie et Javier Kalwill à la prise de son. Elles ont composé à la guitare, à la basse et à l'ordinateur, dans l'appartement d'Inés ; c'est seulement au moment d'ajouter les batteries qu'elles cherchent de l'aide. Le titre du disque vient d'un vers de « Silent Affection », le morceau qui referme l'album.

Un morceau a failli manquer à l'appel. « Misled » avait été écartée ; le producteur la retrouve dans un dossier de vieilles maquettes et se bat pour qu'elle soit enregistrée. Elle le sera d'une traite — une seule prise, voix comprise, au même micro.

« Sur notre premier album, nous voulions être les Strokes », reconnaîtra Inés. Alors, « en cas de doute, on prenait le chemin Strokes ».

Apprendre à devenir un groupe de scène

Une situation paradoxale accompagne la sortie de Freak Scene : le duo a un album, mais connaît à peine la scène. Le disque a en effet été écrit et enregistré avant que Pacifica ne devienne un véritable groupe de concert. « On a écrit le premier album sans avoir donné un seul concert en tant que groupe », expliquera Inés. « Commencer à jouer a changé notre perception des chansons qu'on avait écrites, et de celles qu'on écrirait ensuite. On les a vues en action, en chair et en os. »

La mise en pratique est brutale. Le 15 octobre 2023, elles présentent le disque au Niceto Club, à Buenos Aires, devant huit cents personnes. Quinze jours plus tard, le 29 octobre, elles ouvrent pour Måneskin : elles l'apprennent une semaine avant, et jouent devant seize mille personnes. Martina retient surtout les panneaux publicitaires dans l'arène — « je jouais, et je voyais McDonald's ». Le 26 novembre, elles jouent au Primavera Sound.

L'Europe

Deux jours plus tard, le 28 novembre, elles s'envolent pour l'Europe. La tournée est annoncée depuis septembre : six concerts en clubs, à Paris, Londres, Berlin, Manchester, Madrid et Barcelone, avec Rodrigo Sarabia à la guitare et Andy à la batterie. Paris se joue dans une petite salle où l'entrée est libre. Le 18 décembre, dans une loge du Deaf Institute de Manchester, Martina fait le compte pour le magazine TNAM : c'est la huitième fois seulement que le groupe monte sur scène. Et elle ajoute ce qu'elle en tire — « plus on joue, plus on répète et plus on se comprend, meilleur c'est ».

2024, le temps de souffler

L'année suivante leur offre un peu de répit. En mars, elles jouent au Lollapalooza Argentina et publient Freak Scene: NAK Sessions, trois titres de l'album en version acoustique. En septembre paraît Freak Scene (live) — six morceaux et une reprise de « Take On Me », d'a-ha, enregistrés sur le toit du local où elles répétaient. « La tournée a tout changé pour nous », diront-elles. « Il a fallu apprendre à faire des concerts, et nous sommes tombées amoureuses de l'énergie qui se partage sur scène. »

La musique de Pacifica

Deux voix, une guitare, une basse. Le format n'a pas bougé depuis les reprises enregistrées sur le balcon, même si un guitariste et un batteur les accompagnent en concert depuis 2023.

Elles se définissent volontiers, et jamais deux fois pareil. « Comme si un girlband des années 2000 avait une attitude nineties en 2023 », propose Inés. Martina fait plus court : « les Strokes avec l'attitude des Spice Girls ». Et quand la scène argentine leur colle l'étiquette post-punk, elle corrige : « plutôt que du post-punk, nous sommes pop, rock ou garage. »

Leur méthode, elle, ne varie pas : la mélodie d'abord — accrocheuse, du genre à rester en tête —, puis l'histoire qu'elles veulent raconter. « C'est ça qui en fait du Pacifica. »

À quoi cela ressemble-t-il, concrètement ? À des morceaux courts — treize titres en trente-six minutes sur le deuxième album — bâtis autour d'un refrain qu'on retient dès la première écoute. À deux guitares qui s'harmonisent plutôt qu'elles ne se répondent : c'est ce qui avait attiré Inés chez les Strokes, des guitares aussi mélodiques que la voix elle-même. À une basse qui suit sa propre ligne au lieu de doubler la pulsation — Martina cite Carol Kaye, Jaco Pastorius, Pedro Aznar, Kevin Parker. Et à deux voix, presque toujours ensemble.

Le versant britannique

The Strokes restent la matrice. Mais la filiation britannique va plus loin. Arctic Monkeys d'abord, qu'elles écoutent depuis l'adolescence et citent comme leur plus grande influence à l'écriture, puis Blur, Pulp, Oasis. Invitées par le British Council à parler de leurs racines anglaises, elles s'arrêtent sur « Song 2 » — pour l'humour, et pour l'ironie avec laquelle la chanson se moque des groupes américains. « On fait quelque chose de semblable dans "Anita". On adore l'humour en musique. »

Le versant argentin

L'autre versant s'entend moins parce qu'il n'est pas dans les mélodies. « Il y a en Argentine une culture rock si forte qu'elle est inévitable », explique Inés, « les mêmes trois ou quatre artistes historiques que tout le monde écoute ». Ces artistes ont des noms. Interrogée sur ses lignes de basse préférées, Martina cite deux morceaux de Charly García ; Inés, sur les solos de guitare, choisit « El Enemigo », de Luis Alberto Spinetta. Sur Freak Scene, une ligne de basse vient de Sui Generis. Et quand on leur demande leur icône du rock argentin, la réponse est immédiate, et contemporaine : Marilina Bertoldi.

Elles refusent en revanche le rôle de gardiennes du rock national : à Buenos Aires, disent-elles, on n'a jamais cessé d'écouter du rock, et cela n'a rien d'une revendication.

Les femmes musiciennes

Un troisième fil conducteur traverse leurs références. Inés cite The Warning, Haim, Hinds. Elle dit avoir aimé que les premières soient mexicaines et composent en anglais : cela lui a montré que c'était possible, puisque des filles le faisaient déjà. Elle mentionne aussi St. Vincent, dont elle avait retenu une vidéo consacrée à sa technique de guitare — elles partageront la scène avec elle quelques années plus tard, et lui emprunteront deux ou trois idées techniques —, et Sonic Youth, découvert vers quatorze ans. Ce n'est pas qu'une posture : elles ont voulu une équipe technique entièrement féminine sur scène, sans parvenir à la mettre en place.

Pourquoi l'anglais

La question revient partout : pourquoi un groupe argentin écrit-il en anglais ? La réponse la plus juste est aussi la plus simple, et elle vient de New York : c'est là qu'elles ont vécu ensemble six semaines, et c'est en anglais qu'elles se parlaient.

S'y ajoutent une raison de métier — toucher plus de monde — et une raison qu'Inés formule bien : « écrire dans une autre langue permet de prendre un peu de distance émotionnelle, de poser une petite barrière transparente ». Elles traduisent pourtant tout, par jeu, en espagnol et en français. Il existe des versions de toutes les chansons du deuxième album, faites pour des lyric videos et jamais publiées. Une seule est sortie : « Soltame! ».

In Your Face! : une écriture plus directe

Avec In Your Face!, Inés et Martina abordent l'écriture autrement. Le deuxième album demande deux ans, quand le premier en avait pris un. Elles commencent par Los Angeles, à la recherche d'un producteur qu'elles finiront par trouver au Royaume-Uni. Le séjour leur offre une nouvelle expérience : écrire avec des inconnus. « On se présente à quelqu'un, et cinq minutes plus tard on écrit une chanson ensemble », raconteront-elles. « Certaines séances se sont très mal passées, d'autres étonnamment bien. » « Indie Boyz » naît là, composée et produite avec Sean Silverman dans son studio, à l'issue d'une période où elles sortaient tous les soirs — ce qui, disent-elles, ne leur ressemble pas.

L'enregistrement de l'album se fait en Angleterre, en trois semaines. Le résultat leur paraît trop pop ; elles reviennent dessus pour y remettre du rock, au prix de tensions avec le label. « Ça a été un drame avec la maison de disques », dira Inés à Clarín, qui en tire une conclusion sur le métier : « parfois, la différence entre sortir quelque chose qu'on aime vraiment et le contraire, c'est d'avoir le temps et le budget de le refaire. » Le disque s'achève en Argentine avec Javier Kalwill, leur ingénieur du son depuis 2023, qui les suivra ensuite en Espagne. Sur quarante-trois chansons écrites, treize sont retenues.

Trois chansons, trois histoires

« Let Me Have This » est la première chanson écrite pour l'album et la plus ancienne : jouée sur scène bien avant d'exister en maquette, beaucoup plus sombre à l'origine, elles finissent par la refondre — refrain conservé, couplets empruntés à « Dylan », un morceau dans la même tonalité. Les fans qui connaissaient la version scénique ne reconnaissent pas celle du disque.

« Wasted a Drunk », à l'inverse, a failli ne jamais exister : elle ne figurait même pas sur la liste des morceaux à produire.

Vient enfin « Soltame! », leur première chanson chantée en espagnol — la version de « Just No Fun ». Elles l'écrivent à un arrêt de bus en Angleterre, en allant au studio, pour tuer le temps et pour rire. Les paroles sortent d'un coup.

Le disque

In Your Face! paraît le 31 octobre 2025 : treize titres, trente-six minutes. Le son est plus net que celui de Freak Scene — voix en avant, guitares moins saturées, davantage de place laissée aux textures pop, sans rien perdre de l'énergie du groupe.

L'écriture, surtout, a changé de nature. Là où le premier album inventait des personnages ou transformait des situations empruntées à d'autres, celui-ci ne parle plus que d'elles. « On essayait de ne pas se cacher », expliquent-elles. « Lyriquement, il s'agissait d'être brutalement honnêtes et de s'appuyer moins sur les métaphores. Si on voulait dire quelque chose, on le disait — même si c'était un peu dur, ou peu flatteur pour nous. »

L'automne 2025 : un revers, un sommet, un départ

L'année n'a pas été simple, et elles ne le cachent pas. Une tournée s'annule faute de disques livrés à temps. Ce à quoi elles s'accrochent, tout du long, c'est le Japon — préparé depuis mars, et longtemps la seule certitude du calendrier.

Le revers suivant vient de l'administration. La tournée américaine prévue pour l'automne, en première partie de Balu Brigada, n'aura pas lieu : les visas arrivent trop tard, les concerts sont annulés. « Ça a été plutôt dur », dira Inés. Elles iront tout de même aux États-Unis, une fois les concerts passés, pour y enregistrer.

Le mois vide sert à autre chose. Le 14 novembre, journée mondiale du diabète, elles montent une collecte au profit de la fondation Breakthrough T1D. L'idée vient de Martina, qui vit avec un diabète de type 1 depuis l'âge de trois ans : enfant, elle voyait des lâchers de ballons et des événements pour la date, qui ont fini par disparaître. « Et si on faisait quelque chose ? » YouTube permet de se greffer sur une collecte existante sans jamais toucher l'argent ; elles enregistrent pour l'occasion une session live de « What You Doing ».

Elle en parle aussi comme d'une affaire de visibilité. À quinze ans, elle retirait ses dispositifs médicaux pour que ses camarades de lycée ne les voient pas. Elle a recommencé à les porter, en a publié une vidéo, et des gens viennent désormais lui montrer leurs capteurs après les concerts.

Puis tout bascule dans l'autre sens. Le 30 novembre, elles présentent In Your Face! au Teatro Vorterix, à Buenos Aires : leur premier Vorterix, et le plus grand concert qu'elles aient donné en tête d'affiche. Le mardi suivant, elles emménagent en Espagne.

Elles veulent partir depuis leur rencontre. New York, la ville de leurs rêves, est écartée au vu de la situation aux États-Unis ; l'Angleterre l'est par le Brexit. « Et si on faisait quelque chose de possible ? » Ce sera Madrid, à portée des festivals européens. Leur identité, elle, reste argentine.

Reste le Japon, et il aura valu l'attente. Le développement international de Pacifica n'a jamais suivi un chemin habituel, et c'en est le meilleur exemple : les messages de fans japonais arrivent en nombre, alors plutôt que d'attendre, elles ouvrent un formulaire pour recueillir les adresses de ceux qui veulent les voir, puis présentent la liste à un promoteur local. Il leur programme un concert ; les billets se vendent en un seul jour. Il en ajoute deux. En décembre, elles jouent deux soirs à Tokyo et un à Osaka ; Martina y chante un morceau en japonais.

2026-2027 : la suite

2026 est une année de tournée : seize pays, trente-neuf concerts, du Mexique — où elles jouent au Tecate Pa'l Norte — à l'Espagne, en passant par l'Italie, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Le premier a lieu le 26 mars ; le dernier de l'année, le 19 décembre, les ramène à Buenos Aires, au Groove, dans le quartier de Palermo.

Quelque chose s'est inversé en chemin. Là où Monopolio les avait invitées à ouvrir un de ses concerts, ce sont elles, désormais, qui cherchent des groupes locaux pour ouvrir les leurs — repérés ville par ville, sur Instagram, exactement comme elles l'avaient été.

Puis vient une date d'un autre ordre. Le 25 février 2027, Pacifica ouvrira pour les Foo Fighters à l'Estadio River Plate de Buenos Aires. Un peu plus de trois ans plus tôt, dans une loge de Manchester, elles comptaient huit concerts. Cinq ans plus tôt encore, elles répétaient dans un salon new-yorkais sur un ampli à dix dollars, persuadées que personne ne viendrait les voir.

Une amitié devenue une force créative

Leur relation s'est construite en même temps que leur apprentissage musical, et cela s'entend dans les disques : le premier raconte des personnages, le second les raconte elles.

Rien de tout cela ne relevait d'un plan de carrière. Une rencontre en ligne, une reprise, un concert, un voyage qui aurait pu ne jamais avoir lieu, un concert annulé, une tempête de neige, des rencontres au bon moment. À chaque étape, l'histoire aurait pu tourner autrement.

De « Pacifica (for now) » à une scène de stade à Buenos Aires, le chemin est considérable — et le « pour l'instant » est devenu définitif.

Repères chronologiques

Janvier 2021
Rencontre en ligne d'Inés Adam et Martina Nintzel, autour de The Strokes
Novembre 2021
Choix du nom, premières répétitions
Décembre 2021
Premier concert, à El Emergente, Buenos Aires
Fin 2021 – janvier 2022
Voyage à New York : concert des Strokes annulé, puis trois concerts, au Bitter End puis à Arlene's Grocery
2022
Signature avec TAG Music
9 décembre 2022
Not a Cover Band
6 avril 2023
Premier single, « With Or Without You »
29 septembre 2023
Freak Scene
Octobre-novembre 2023
Niceto Club (15 oct.), première partie de Måneskin (29 oct.), Primavera Sound (26 nov.)
Décembre 2023
Première tournée européenne, six concerts
Mars 2024
Lollapalooza Argentina · Freak Scene: NAK Sessions
Septembre 2024
Freak Scene (live)
31 octobre 2025
In Your Face!
30 novembre 2025
Présentation de l'album au Teatro Vorterix, Buenos Aires
Décembre 2025
Installation en Espagne · Trois concerts au Japon, complets
Mars 2026
Début de la tournée mondiale : 16 pays, 39 concerts
19 décembre 2026
Buenos Aires, Groove
25 février 2027
Première partie des Foo Fighters, Estadio River Plate

Discographie

Not a Cover Band — 2022
Reprises issues de leur chaîne YouTube et un premier titre original. Le disque qui marque la transition entre le groupe de reprises et le projet à venir.

Freak Scene — 2023
Premier album studio. Onze titres enregistrés à Buenos Aires.

Freak Scene: NAK Sessions — 2024
Trois titres de l'album en version acoustique.

Freak Scene (live) — 2024
Six morceaux et une reprise de « Take On Me », enregistrés sur le toit de leur local de répétition.

In Your Face! — 2025
Deuxième album. Treize titres, une écriture plus directe et plus personnelle.

Sources

Cette biographie s'appuie sur les entretiens et articles suivants, tous consultables dans la rubrique Transmission.

S'ajoutent à la presse six entretiens vidéo, dont deux publiés par le groupe lui-même.

Cette biographie est proposée dans le cadre d'une page de fans indépendante, sans affiliation avec le groupe, son management ou son label.